L’explosion récente de la plateforme pétrolière du groupe BP dans le golfe du Mexique, au large des côtes de Louisiane, rappelle à tous l’enjeu permanent de la maîtrise nécessaire des risques opérationnels. Et de la capacité à gérer efficacement une crise. Un risque industriel mal maîtrisé peut évoluer en désastre généralisé, initiant de facto des dizaines de risques nouveaux, susceptibles de remettre en cause l’indépendance, voire la pérennité d’un groupe majeur jugé jusqu’alors inattaquable. Retour sur un désastre en cours.
L’explosion d’une plateforme pétrolière offshore exploitée par le groupe britannique BP au cours du mois d’avril 2010 au large du Golfe du Mexique nourrit l’actualité des médias et l’attention des autorités américaines depuis presque deux mois. Considérée comme la pire marée noire de l’histoire des Etats-Unis, cette catastrophe majeure est, à ce jour, estimée à un coût de plus de 990 millions de dollars. La valorisation de cette catastrophe sera, selon toute vraisemblance, bien supérieure…
L’échec des premières tentatives de colmatage de la fuite, la gravité de la situation, les actions désespérées pour contenir le désastre annoncé rappellent à tous l’impérieuse nécessité, pour chaque organisation, de maîtriser au mieux ses risques opérationnels et industriels, à tout prix.
Depuis l’explosion de la plateforme, entre 70 et 115 millions de litres de pétrole brut se sont déversés dans l’océan. Si la situation perdure, il est probable, selon les spécialistes, que la nappe se propage ensuite aux Keys, fleuron du tourisme de Floride et troisième barrière de corail du monde, par l’effet combiné du courant marin dénommé Loop Current et du Gulf Stream…
Résultant de cette crise majeure, le cours boursier du groupe BP a perdu plus de 30 % de sa valeur, rendant désormais le mastodonte britannique susceptible de faire l’objet d’une OPA hostile à brève échéance. L’indépendance du groupe est désormais potentiellement menacée.
Ce risque de perte d’indépendance ne devait pas sauter aux yeux des responsables ayant accepté, par défaut de surveillance, de moyens, de formation, de vision et/ou de vigilance, l’accumulation sans réagir des signes précurseurs de l’imminence de l’explosion. Ni des concepteurs et des exploitants des solutions de forage en « deep water », ayant omis de valider l’efficacité des mécanismes de fermeture automatique des remontées de brut en cas d’incident sous-marin.
Pour quelques pennies de plus, des fragilités structurelles des mécanismes de pilotage et de contrôle d’exploitation d’un site sensible n’ont pas fait l’objet de stratégies de couverture appropriée des risques, non exigé il est vrai par le cadre réglementaire applicable. Dommage pour les poissons, les pêcheurs, et tous les autres qui seront impactés par la catastrophe…
Le cout économique et financier – faramineux - que devra assumer le groupe pétrolier n’est rien à la lumière des enjeux d’image, de réputation, de batailles juridiques à venir, d’indépendance voire de pérennité du groupe. BP a déjà provisionné ou engagé plus de 500 millions de dollars pour gérer au mieux la catastrophe. L’explosion de la plateforme Deepwater Horizon apparaît comme source de déstabilisation généralisée d’une « major » du pétrole… Fait rarissime.
Plus que jamais, et au-delà des pertes humaines, des dommages environnementaux colossaux et des impacts financiers voire judiciaires de cet évènement, l’enjeu de la maîtrise des risques industriels rappelle à chacun la prégnance de l’exigence permanente de sécurisation des pratiques et des actions opérationnelles. A tout prix. De signes précurseurs mal maîtrisés peuvent naître les plus grandes catastrophes. Au final, et comme nous l’exprimions déjà, il n’est de risques que d’Hommes.
Pour une entreprise durable, investissez dans votre pérennité.
Jean-David DARSA

